Mardi 6 juillet
Pluie et vent, mais les conditions sont meilleures que la veille : nous continuons notre descente du Sermilik et passons le cap Akuliaruseq sans encombres. Il fait froid ( à peine 10°) et l'arrêt dans une cabane de pêcheurs malodorante pour une soupe chaude et des nouilles chinoises, notre invariable repas du midi, nous fait du bien. L'après-midi, le vent de Sud-Ouest nous pousse dans des surfs endiablés et nous emmène jusqu'au Fjord d'Isortoq. Yann nous annonce que nous avons fait des pointes à 17km/h ! Nous avons parcouru 150km depuis notre départ de Narssaq. La fatigue se fait sentir et Yann décide sagement de nous faire passer la nuit à la station d'abattage de caribous d'Isortoq où un petit gîte avec douche chaude nous remet à neuf. Un succulent ragoût de caribou achève de nous requinquer. Nous trouvons un peu étrange mais fort agréable ce petit coin de civilisation avec antenne satellite et électricité, après 5 jours dans les solitudes du Groenland sud. Le propriétaire, originaire d'Islande, vient nous rendre visite et nous annonce fièrement que la Commission Européenne vient de lui accorder une licence d'exportation. A quand des steaks de caribou dans les restaurants français ?
Mercredi 7 juillet
Les choses sérieuses commencent. Nous pagayons quelques minutes vers le fond du fjord et débarquons au pied d'une cascade. Le premier lac se trouve juste au dessus. En 1h15 d'efforts nous faisons franchir le portage à nos 7 kayaks qui encore bien chargés pèsent chacun environ 60kg. Heureusement, nous avons des sangles de portage qui nous permettent de nous répartir le poids. Nous remettons à l'eau et parcourons environ 2km sur le lac avant d'affronter le deuxième portage, beaucoup plus sérieux celui-là, et point ultime de la reconnaissance de Yann l'an dernier. La déclivité est plus importante et nous choisissons d'utiliser les cordes de sécurité pour confectionner un palan rudimentaire. Les costauds de l'équipe tirent sur la corde en redescendant et les autres poussent pour faire glisser les kayaks sur la végétation. L'ambiance est à la rigolade et au bout de deux heures sous la pluie qui ne nous lâche pas depuis le matin, les kayaks ont franchi la difficulté et nous embarquons plein d'espoirs : nous sommes au point culminant du passage ; plus qu'un lac à franchir et nous devrions rattraper la rivière qui nous conduira vers les fjords menant à Ivigtut. Au bout du deuxième lac, nous nous arrêtons pour manger une soupe chaude pendant que Yann entreprend une reconnaissance au pas de course avant que le brouillard n'ôte toute visibilité. Il revient, affamé, au bout d'une grande heure et c'est là que la mauvaise nouvelle tombe. Le dernier lac a disparu, envahi par la tourbe et la sphaigne : nous ne rouvrirons pas l'ancienne route des kayaks. Le portage des bateaux sur un terrain gorgé d'eau pendant plusieurs kilomètres exigerait un effort et un temps considérables. Nous décidons de renoncer et de bivouaquer sur place avant d'entreprendre le retour vers Narssaq par le chemin des écoliers. La déception est rude. Nous montons le camp rapidement sous la pluie et une partie du groupe décide d'aller explorer le passage à pied et tenter d'apercevoir le delta où nous devions parvenir. Malgré la brume qui tombe ils parviennent non loin de la cascade qui aurait dû constituer notre dernier portage.